Aimons l’Eglise !

Parfois, on me demande ce qu’il y a de particulier dans ma famille, pour qu’il y ait eu deux prêtres et une religieuse. A cette question je réponds toujours : rien de particulier, nous sommes une famille normale ; la vocation est toujours un mystère, et Dieu n’appelle pas selon les logiques humaines…

Toutefois, pour qu’une vocation puisse germer dans une famille, il me semble qu’il est important que le terrain soit favorable… Et je pense qu’une des conditions indispensables est l’amour de l’Eglise. Sans amour de l’Eglise dans une famille, il est difficile pour un jeune de percevoir l’appel du Seigneur à servir son Eglise. Comment pourrait-il désirer servir ce que sa famille méprise, raille, critique ?

Je crois bien que ma famille m’a appris à aimer l’Eglise. Non pas à l’idéaliser, ni à me faire aimer une Eglise selon des idées bien arrêtées et un peu étriquées, mais l’Eglise réelle, c’est-à-dire sainte de la sainteté de Dieu, mais aussi salie par le péché de ses membres, clercs et laïcs. (Les prêtres n’ont pas le monopole du péché contre l’Eglise…).

Dans les années 80 90, alors que l’Eglise était traversée par de profondes divisions, (je pense notamment au schisme avec la fraternité St Pie X), il aurait été facile pour ma famille de s’engouffrer dans cette faille de la division… Nous habitions alors dans une région où la crise ecclésiale était bien prononcée… Pour autant mes parents ont choisi de rester fidèles à l’Eglise. Même s’ils n’appréciaient pas toujours les décisions des évêques ou des prêtres, ils ne se sont pas retranchés dans un esprit de critique encore moins dans une attitude de rejet ou de condamnation.

Lorsque je constate aujourd’hui la division de l’Eglise de France, les nombreuses attaques contre nos évêques, la colère qui se répand sur les réseaux sociaux, je suis profondément blessé. Faudrait-il que les évêques pensent selon nos critères pour qu’ils puissent être de bons évêques ? Est-ce que l’Eglise doit suivre nos petites intuitions ou être servante de la volonté de Dieu ? Est-ce que nous considérons l’Eglise comme l’œuvre de Dieu ou tout simplement comme une institution politique, démocratique, chargée de représenter les idées des chrétiens ?

Au IIème siècle, Saint Irénée, en passionné de l’unité luttait contre ceux qui divisaient l’Eglise. Dans son œuvre Contre les hérésies, il a des paroles très fortes : il juge les fauteurs de schismes comme ceux qui sont « vides de l’amour de Dieu et visent à leur propre avantage, non à l’unité de l’Église. Pour les motifs les plus futiles, ils déchirent et divisent le grand et glorieux corps du Christ et, autant qu’il est en leur pouvoir, lui donnent la mort. Ils parlent de paix et font la guerre, et en toute vérité filtrent le moucheron et avalent le chameau ». Diviser l’Eglise, c’est déchirer le corps du Christ…

Dans une Eglise si divisée, il y a peu de chances que des vocations naissent. Nous avons souffert de l’absence de messes publiques. Mais dans un futur pas si lointain je crains qu’il n’y ait plus de messes dans beaucoup de lieux en France, non plus à cause de la Covid, mais en raison du manque de prêtres diocésains.

Le manque de confiance en l’Eglise est in fine un manque de confiance en Dieu puisque c’est Lui qui conduit son Eglise !

Je crois que la crise actuelle est un appel urgent à convertir notre regard sur l’Eglise. Apprenons là à l’aimer comme celle pour qui le Christ a donné sa vie.

Demandons au Seigneur qu’il convertisse notre cœur et prions l’Esprit Saint qu’il nous donne le don de l’unité.

Père Florian Meignié.